L'impuissance

Jeudi matin, je regarde les nouvelles. Je navigue sur mes réseaux sociaux, je passe du temps sur Reddit, et je me sens complètement dépassé. C’est la guerre, encore. Une qui pourrait faire basculer la planète dans une noirceur encore plus grande que celle provoquée par la pandémie. Je vais sur Facebook, je partage une chanson. John Lennon qui me parle de paix, Boris Vian qui me parle de désertion. J’essaie d’écrire un statut, une fois, deux fois, dix fois. Je n’y arrive pas. Je prends le temps d’écouter mes émotions : de la peur, de l’inquiétude, de l’incompréhension, de la colère. Encore, la guerre. Pourquoi, pour quel idéal? Pour la liberté? Le pouvoir? Le pétrole? L’impuissance.


Quelques minutes avant de débuter ma journée de travail, je parle avec des collègues. Tous plus ou moins inquiets, tous plus ou moins envahi d’émotions à cause de la situation. Tous ont le même constat : l’impuissance. Aucun pouvoir sur la situation. Tout ce qui peu être fait c’est d’attendre de voir si la guerre se rendra jusqu’à nos portes. Espérer. En attendant, la vie continue. Du moins, pour nous. La routine prend le dessus. Je fais les rendez-vous prévus à mon horaire et trouve le moyen d’être présent, malgré tout. Je mets au congélateur pour quelques minutes mes craintes et je me concentre sur les besoins de l’Autre. Cet Autre qui se sent pris au piège par son travail, par son couple, par sa famille, par le regard des autres... À nouveau l’impuissance.


Les rencontres se terminent et me laissent songeur. Combien de fois me suis-je buté, dans ma carrière, face à des incohérences du système? Combien de fois me suis-je emporté, intérieurement ou non, face aux multiples critères d’exclusions qui compliquent l’accès aux services en santé mentale? Combien de fois ai-je été face à des émotions et des souffrances qui m’ont déstabilisé et m’ont laissé dans le désarroi? Quel a toujours été mon réflexe face à ces situations? L’authenticité, l’empathie, la transparence. Il est parfois nécessaire d’appeler un chat, un chat. Ce n’est pas parce que j’ai une formation, de l’expérience, des connaissances que j’ai les clefs pour débloquer toutes les situations. Il n’y a aucune formation qui existe qui peut nous préparer à tout!


Ultimement, j’en reviens toujours au même constat : la seule chose qui est en mon pouvoir est les actions que je pose au quotidien. Ma manière de reprendre du pouvoir, c’est d’être là pour les autres. C’est d’être là pour moi, pour mes émotions. De les accueillir, même si elles ne sont pas toujours faciles. De m’en libérer pour éviter de trop teinter mon regard et mon lien aux Autres. Et parfois de prendre le temps d’écrire un texte, en toute honnêteté. Aujourd’hui, plus que jamais, donnez-vous le droit d’être touché par le sort de l’Humanité. Donnez-vous l’espace pour vous connecter à vos émotions et de les partager avec vos proches. Peut-être qu’à force d’effort de conscience un jour nous arriverons, collectivement, à être plus amoureux, plus conscients et réellement libre et ainsi en finir avec la guerre…

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